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  • : Le blog de Michèle Leflon
  • : Michèle Leflon, communiste, Vice présidente du conseil régional de Champagne Ardenne, a créé ce blog pour crier son indignation devant le recul de l'humain, la casse de la planète et favoriser le débat pour une alternative politique vraiment à gauche. Ce blog, tout particulièrement tourné vers les Ardennes, en présente des informations alternatives.
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michele.leflon@orange.fr


Vice-présidente du Conseil Régional de Champagne Ardenne, chargée de la formation professionnelle et de l'orientation

Membre du Conseil National du Parti Communiste Français.

Ancien médecin anesthésiste-réanimatrice à l'hôpital de Charleville Mézières.

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La nature dans les Ardennes

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29 mai 2011 7 29 /05 /mai /2011 09:35

lyceerevin.jpgLa configuration politique actuelle, un gouvernement de droite, des régions très majoritairement à gauche, avec la participation de communistes dans les exécutifs de nombre d'entre elles, a sans doute un peu tendance à brouiller la réflexion sur le sens et les limites de la décentralisation, à mélanger effets actuels dans cette configuration politique et projet pour une société plus émancipée.
L'amélioration des locaux et des équipements des collèges et des lycées depuis leur décentralisation fait la quasi-unanimité (résultat d'une démocratie de proximité?). De nombreux Agents Techniciens Ouvriers ou de Service des lycées ont oublié leurs actions contre leur décentralisation pour se féliciter de leurs nouveaux employeurs (résultat d'une politique plus sociale?)
Mais il devient presque illusoire pour un demandeur d'emploi d'intégrer une formation AFPA dans une autre région (malgré une convention entre toutes les régions) et les années passant, les différences entre les aides à la formation, et donc les droits, explosent entre les régions.
Préciser la place à accorder aux conseils généraux ou régionaux requiert donc une réflexion attentive, libérée des contingences actuelles. Plusieurs conceptions s'affrontent :
- celle de la droite : la mise en concurrence des territoires et l'évolution vers une simple déconcentration antidémocratique des services de l'Etat, permettant d'appliquer aux collectivités territoriales la RGPP.
- celle du PS limitant le rôle de l'Etat à ses compétences régaliennes, avec un acte 3 de la décentralisation : les territoires sont mis en concurrence.
- une conception refondée de la république où la démocratie est développée à tous les niveaux, où les territoires coopèrent, où des services publics forts assurent l'égalité des droits sur l'ensemble du territoire de la république : c'est celle portée par les communistes.
Mon propos n'est pas de revenir ici sur la conception de la droite, dont les conséquences dramatiques pour notre pays sont de plus en plus évidentes mais plutôt d'en envisager l'alternative.
La conception socialiste a été particulièrement développée par l'Association des Régions de France (ARF), à la main du PS. Dans le dossier de presse de sa conférence du 20 avril dernier présentant l'acte 3 de la décentralisation on lit : « S’agissant des lycées professionnels de l’Éducation nationale et de l’Agriculture, compte tenu de leur importance en terme de développement économique, un transfert complet de compétence, portant sur la complémentarité entre formation traditionnelle et formation alternée, sera mis en oeuvre. »
Cela pose une première question majeure sur le rôle accordé aux lycées professionnels et agricoles : et sur le sens même de l’enseignement voulu dans les établissements scolaires : doit on privilégier une formation inféodée à son rapport au développement économique (et nous ne sommes plus très loin de la politique de Luc Chatel) ou une éducation, facteur d'émancipation humaine globale ? Quelle place des lycées professionnels et agricoles pour pour favoriser l’appropriation par tous d'une culture de haut niveau et l'évolution rapide vers une scolarisation obligatoire jusqu'à 18 ans sur des principes pédagogiques rénovés, dans des conditions qui donnent envie d'apprendre ?
La deuxième question est tout aussi essentielle : comment garantir la même éducation partout en France si tout une part des établissements scolaires ne sont plus de la responsabilité du Ministère de l'Education Nationale ?
Une note de l'ARF, restée plus confidentielle, pose des questions tout aussi inquiétantes sur l'orientation : « les psychologues scolaires, qui restent personnels de l'Education Nationale, sont recentrés sur la lutte contre le décrochage scolaire. L'Education Nationale est responsable du parcours scolaire et donc de l'affectation. L'accompagnement dans la définition du projet professionnel relève de la compétence de la région. Les professionnels de l'orientation métier sont regroupés dans des Espaces Métiers, largement articulés avec les branches professionnelles."
Certes, les jeunes aspirent à la rencontre avec des professionnels pour découvrir d'autres métiers que ceux de leurs parents : cela peut effectivement se faire dans le cadre d'une collaboration entre l'éducation nationale et l'indispensable service public d'orientation nécessaire aux adultes pour développer la promotion professionnelle dans un cadre de sécurité emploi formation. Cette découverte des métiers serait d'ailleurs bien mieux faites par les salariés que par leurs employeurs !
Mais la rupture entre éducation nationale et orientation métier serait dramatique : le choix d'un métier n'est qu'un élément d'un choix de vie, qui se construit tout au long de la jeunesse dans un processus global d'apprentissage aux choix qui ne peut appartenir qu'à l'Education Nationale.
L'ambition nécessaire d'un développement éducatif sans précédent, rompant avec les inégalités socio-culturelles ne peut se réaliser par un morcellement de l'Education Nationale, surajoutant aux inégalités sociales, des inégalités régionales, confondant orientation et choix d'un métier. Aujourd'hui les formations professionnelles, demain le sport, la culture (c'est d'ailleurs souvent dès aujourd'hui que des communes se substituent à une Education Nationale rabougrie dans le primaire.) et après demain la privatisation ?
C'est une toute autre conception de la décentralisation qui est nécessaire, permettant un exercice démocratique réel, facilitant l'intervention citoyenne, l'intervention des salariés dans leurs entreprises pour y développer la formation, articulant les politiques locales avec une politique nationale garante d'un ambitieux service public de l'Education Nationale, comme d'un grand service public de l'Emploi et de la formation pour les demandeurs d'emploi et les salariés. C'est à ce prix seulement que pourront se conjuguer démocratie et lutte contre les inégalités, garantie des mêmes droits sur l'ensemble du territoire.

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Published by Michèle Leflon - dans Formation Education
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